Bestiaire Ashmole — Le Cerf (folio 19r, extrait)
D'après le MS. Ashmole 1511, Bodleian Library, Oxford, vers 1210.
La miniature s'inscrit dans un cadre triple à filets rouge, bleu et or. Sur un fond entièrement doré à la feuille sur assiette, un cerf est représenté de profil, en marche vers la droite. Son pelage brun-roux présente de reflets blanc crème sur le ventre et les flancs. Il foule un sol de roches stylisées en rose et ocre. À sa gauche s'élèvent deux arbres aux tiges fines et trois fleurs stylisées, rouge et bleues, dont les pétales nervurés évoquent des formes végétales orientalisantes — héritage de l'art byzantin via par les scriptoria anglais. Le trait de contour, précis et souple, assure au corps animal une belle vigueur dynamique.
En bas de page, une lettrine historiée ouvre le texte : l’initiale C de Cervus de couleur ocre-rose, accueille un dans son corps une figure végétale en filigrane bleue. Le texte est transcrit en écriture gothique caroline à l'encre noire, sur deux colonnes, dans le style caractéristique des manuscrits anglais du début du XIIIe siècle.
Le manuscrit
Le Bestiaire Ashmole 1511 est l'un des plus beaux spécimens de la seconde famille des bestiaires latins anglais. Réalisé vers 1210 dans le nord de l'Angleterre, il compte une centaine de miniatures sur fond d'or. Il entra au XVIIe siècle dans la collection d'Elias Ashmole, qui le légua à l'Université d'Oxford.
Le texte et sa traduction
Le texte latin visible se lit approximativement : *Cervus dicitur a po / toy ceraton, id a cor / nibus. Cerata enim gre / cornua d[icuntu]r. Hii ser / pentium inimi[ci] : / cu[m] n[on] [va]lent infirm[i]- / tate pr[a]esen[se]rint, spi[- / r]aculum eos gr[u]nt / de cavin[i]s, et supata p / nicie venenu[m] eorum / papulo reparantur ; / Dictampnum h[erb]am…*
Traduction : « Le cerf tire son nom du grec keraton, c'est-à-dire des cornes — car en grec cerata *signifie cornes. Ces animaux sont les ennemis des serpents : lorsqu'ils se sentent affaiblis par la maladie, ils aspirent les serpents hors de leurs tanières par leur souffle, et, surmontant la nocivité de leur venin, ils se régénèrent ; [ils mangent] l'herbe dictame… »
Symbolique
Au Moyen Âge, le cerf est représenté le plus souvent de deux façon : soit chassant le cerf conformément au texte du Physiologus, soit se désaltérant à la rivière, illustration du psaume 42 : « comme un cerf altéré cherche l'eau vive » —, image de l'âme en quête de Dieu. Le cerf est au Moyen Âge un symbole christique Ici, ni serpent, ni sources : l’enlumineur a préféré prendre quelques distances avec la tradition en se contentant d’une représentation descriptive. Pas de naturalisme pour autant : c’est le cerf tel qu’on le représente traditionnellement au début du XIIIe.
Dans la tradition du Physiologus et d’une manière générale au Moyen Âge, le cerf qui chasse le serpent et se régénère à la source est une figure du Christ vainqueur vainqueur du mal et de la mort. Le renouvellement annuel de ses bois en fait enfin un symbole de résurrection et de conversion spirituelle.